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Association des acteurs de la Responsabilité Sociétale

Digital labor, travail du consommateur: quels usages sociaux du numérique ?

Digital LaborDepuis des années, les internautes fournissent un travail bénévole à but lucratif sur Internet : mais ce que l’on appelle digital labor regroupe des pratiques fort diverses.

D’où l’intérêt de dresser une typologie de ces usages sociaux du numérique.

Le livre collectif édité par Trebor Scholz (2012), signale que, sous le chapeau « Digital Labor », se trouvent des pratiques sociales fort diverses : la production d’ordinateurs, le jeu en ligne, les blogs, un travail cognitif taylorisé rémunéré à la tâche (Amazon Mechanichal Turk ou AMT), le simple fait de « surfer » sur le Web ou la pratique du hacking, par exemple.
On notera aussi que, curieusement, les sociologues du travail sont peu nombreux dans ce champ. C’est pourtant dans cette tradition disciplinaire que je propose de continuer à penser ce qui se joue, avec l’extension des technologies numériques, du côté du travail, c’est-à-dire de l’activité, des professions, de l’emploi et des mouvements sociaux. Pour ce faire, il nous faudra distinguer diverses configurations sociales, grâce à l’étude méthodique de sites internet – et, tout particulièrement, leurs « conditions générales d’utilisation » —, et à l’aide d’une grille d’analyse sociologique.

 

L’automatisation croissante de l’activité humaine

Rappelons pour commencer que le numérique est une technologie qui comporte quatre fonctionnalités majeures :
  • capture d’informations (dont celles qui concernent les pratiques numériques elles-mêmes),
  • stockage aux limites encore inconnues, communication en réseau
  • et, enfin, traitement automatisé des données.

Enregistrement, archivage, liens et algorithmes ouvrent sur deux usages sociaux principaux aujourd’hui : l’automatisation de l’activité humaine et la création de places de marché étendues.

Le numérique réveille et actualise alors des questions traditionnelles liées aux ambivalences de l’automatisation, entre soulagement et menace pour l’humain, c’est-à-dire entre émancipation du travail ingrat et soumission à des machines qui s’imposent à lui.

Sociologiquement, que ce soit face à un algorithme commercial, à un self-scanning, à un ERP ou une géolocalisation, la machine réifie un rapport social qui se déploie sans relation entre le concepteur (et ses commanditaires) et l’utilisateur. En outre, l’automatisation réduit le besoin de main-d’œuvre opérationnelle, alors que les professionnels chargés de construire, maintenir et surveiller ces machines numériques prennent, eux,  davantage de poids démographique et social.

Les places de marché, des plateformes d’échanges

La spécificité du travail digital vient plutôt de ce que le numérique permet et organise des échanges sur des « places de marché » (market places). Sites marchands ou non (troc et échange de biens et de services), jeux en ligne, réseaux sociaux, blogs, wiki, forums, vidéos en ligne… permettent à des masses de personnes éloignées les unes des autres, qui ne se connaissent pas, d’être en contact pour parler, vendre, louer, troquer, jouer, militer… Derrière la diversité de ces pratiques, un trait leur est commun : l’apparition d’un service de médiation entre eux, dénommées « plateformes » dans le langage commun.

Quatre configurations sociales des places de marché

1 – Dans le cas des échanges marchands à but lucratif (Fotolia, E-bay, Amazon Services, Uber, AMT, Peopleperhour…), l’activité productive est réalisée par quelques salariés des plateformes et leurs sous-traitants, mais aussi et surtout par des masses de contributeurs indépendants.

Nous sommes ici au cœur de la logique néolibérale lorsqu’elle prône l’entrepreneuriat individuel : chacun est invité à valoriser son petit capital avec du travail (et s’il n’a pas de capital économique, à s’endetter). Ce processus est parfois désigné par l’expression « ubérisation ».

2 – Le marché de la publicité est double : il s’agit de la vente de données sur les utilisateurs, d’une part, et celle d’espaces publicitaires sur leur propre site, d’autre part. Il est au cœur de la seconde configuration : les échanges non marchands à but lucratif, tels que le pratiquent Google, Facebook, YouTube, les jeux en ligne, Craiglist, Blablacar, CouchSurfing, YakaSaider, U-exchange (Barter services), par exemple.

Ici, les producteurs mobilisent leurs capitaux individuels et déploient une activité bénévole et volontaire. Bien que cette contribution puisse être chronophage, agile et même risquée (financièrement, physiquement, socialement), et bien qu’elle enrichisse les sites, elle n’est généralement pas vécue comme du « travail ». Elle peut même être expérimentée comme un loisir.

Les contributeurs offrent ici leur force de travail pour toutes les raisons non utilitaristes, qui font « qu’on ne travaille pas que pour l’argent », comme disent régulièrement nombre de salariés : accéder à une activité intéressante et formatrice, susceptible de procurer une socialisation et de la reconnaissance, notamment.

3 – Les échanges marchands à but non lucratif  tels que la vente de journaux, biens et services associatifs, publics, militants, syndicaux, ou l’échange de travail marchand par le service public de l’emploi (pole-emploi.fr, par exemple) sont des marchés sans marchands, des échanges payants orchestrés par des organisations non lucratives.

Le travail est alors réalisé par des professionnels du service public ou des bénévoles plus ou moins amateurs. La numérisation, dans cette configuration sociale, permet d’étendre le réseau et le marché, mais ne transforme pas radicalement l’activité, les professions et l’emploi.

4 – Enfin,dans les échanges non marchands à but non lucratif tels que Wikipedia, les logiciels (vraiment) libres, certaines formes de hacking, le troc, les échanges de biens et de services (la Méduse), les banques de temps (banques éthiques où l’on échange sans argent telle la Nef), le marché des « volontaires » (volunteers.gov). Ici, l’activité est volontaire et bénévole. Généralement portée par une vision militante, plus ou moins anticapitaliste (contre la marchandisation des biens et du travail, contre la quête de profit, pour un monde solidaire, écologique, juste…).

Le projet est régulièrement de  réencastrer  le travail dans la vie sociale. Contre une division des tâches poussée et rationnalisée, la distinction entre professionnels et amateurs perd de son intérêt et de sa valeur. La richesse n’est plus pensée en termes d’avoirs, mais de fonctionnalités, à l’usage intelligent des ressources communes.

Retrouvez l’intégralité de l’article ICI

 

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Cette entrée a été publiée le 26 janvier 2016 par dans Revue de Presse, et est taguée , , .
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