La « plastic tax », un tournant vert qui divise l’Italie

Le gouvernement de Giuseppe Conte veut que le pays aille dans le sens de l’économie circulaire.

Dans le cadre du projet de budget 2020, le gouvernement « Conte II », né de l’alliance entre le Mouvement 5 étoiles (M5S) et le Parti démocrate (PD), introduit une taxe sur le plastique qui suscite une vive polémique en Italie.

Les entreprises devront s’acquitter, dès le mois de juin, d’une taxe de 1 € par kg de plastique ou de polystyrène produit pour les emballages ou la fabrication d’objets à usage unique. Elle devrait rapporter 1,1 milliard d’euros à l’État en 2020 et 1,7 en 2021.

Le ministre Luigi Di Maio, chef de file du M5S qui est le fer de lance de la taxe, affirme qu’elle aidera l’Italie à appliquer les principes de l’économie circulaire. « On ne protège pas l’environnement avec de belles paroles mais avec des actes », souligne-t-il.

Le troisième producteur de déchets en Méditerranée

Les écologistes en sont convaincus : la « plastic tax » est utile pour freiner la pollution plastique, deuxième urgence globale, après le réchauffement climatique. « Notre pays produit 8 millions de tonnes de plastique par an. Il est le second producteur européen de plastique, derrière l’Allemagne, et le troisième producteur de déchets en Méditerranée, dont 80 % sont des emballages plastique », rappelle Stefano Ciafani, président de l’association environnementale Legambiente.

Un Italien produit à lui seul 1 kg de déchets plastiques tous les cinq jours. Sur les 2,3 millions de tonnes d’emballages utilisés en 2018 pour les produits de consommation courante, telles que les bouteilles en plastique, 44 % ont été recyclés. « Les systèmes de traitement des déchets ne sont pas suffisants, certains emballages ne sont pas recyclables et les Italiens commettent trop d’erreurs lors du tri », déplore Antonello Ciotti, PDG de Corepla, le consortium national pour le recyclage et la récupération des déchets.

De son côté, l’association de défense des consommateurs Codacons est sur le pied de guerre. Elle estime que fabricants et distributeurs feront peser le poids de la taxe sur les utilisateurs finaux. « Cela représentera un surplus de dépenses d’environ 165 € par famille et par an. »

Un des moteurs économiques du pays

D’après la Confindustria, le Medef italien, la filière du plastique est un des moteurs économiques du pays qui représente 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Elle regroupe 10 000 PME qui emploient 150 000 personnes. « Cette taxe n’a pas de véritable finalité écologique, elle pénalise les producteurs et non les comportements des consommateurs qui ne respectent pas l’environnement », dénonce le patron des patrons, Vincenzo Boccia.

La Fédération des distributeurs lui fait écho en soulignant que la nouvelle taxe s’ajoute à celle sur la contribution pour l’environnement (26,3 centimes par kg) à la quelle les fabricants d’emballages en plastique sont soumis depuis 1998.

Mais c’est surtout en Émilie-Romagne que la polémique fait rage. Cette région très dynamique concentre 40 % de la production européenne d’emballages pour les fruits et légumes frais. Les syndicats craignent que les ouvriers soient les premiers à subir les conséquences de la « plastic tax ».

Grandes divisions politiques

Sur le plan politique, les divisions sont nettes. L’opposition, menée par la Ligue de Salvini est hostile à toute nouvelle taxe. Le PD souhaite des « corrections » au cours de l’examen parlementaire de la loi de finances. Le PD est d’autant plus inquiet qu’un scrutin régional se tiendra le 26 janvier en Émilie-Romagne, le plus grand fief « rouge » depuis 1947. Or, l’adversaire du gouverneur sortant, Angelo Bonucci, est la candidate de la Ligue, Lucia Borgonzoni.

Quant au leader d’Italia Viva, Matteo Renzi, qui flirte avec les industriels, il se prépare à une bataille « pour éviter un coup de massue sur les classes moyennes ». Le pragmatique ministre de l’économie, Roberto Gualtieri, tente de calmer la tempête. « La plastic tax sera remodelée ». Mais pas question de l’annuler.

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