S’habiller en ligne, l’illusion du changement ?

Lancé en 2013, le site internet de vente d’habits de seconde main Vinted connaît un succès fulgurant.

Mais cette plateforme qui recycle des vêtements déjà portés réduit-elle vraiment les conséquences écologiques de la surconsommation textile ?

Vinted ? C’est la friperie en ligne qui fait fureur en France, où elle s’est lancée en 2013. Très simple d’utilisation, elle permet en quelques clics de dégoter et de vendre des vêtements en sommeil dans nos armoires.

Chaque seconde, 2,2 articles en moyenne (vêtements, accessoires…) changent de main sur l’application lituanienne.

Onze millions de Français et de Françaises en sont membres et 2,8 millions la consultent quotidiennement.

« Sur Vinted, tu vends ce que tu ne portes plus et tu déniches des pièces canons » présente la plateforme, qui se donne pour mission de « faire de la seconde main le premier choix dans le monde ».

Le succès de Vinted est tel que cette application a levé, en novembre 2019, 128 millions d’euros pour accélérer son expansion en Europe. Elle est devenue la première « licorne » lituanienne, c’est-à-dire qu’elle est la première start-up de ce pays dont la valeur a atteint un milliard d’euros au pays des cigognes.

 

On se retrouve vite avec des pièces dont on n’a pas vraiment besoin 

«Le succès de Vinted montre au moins l’intérêt des consommateurs pour le marché de la seconde main et l’allongement de la durée de vie des produits» , estime Sihem Dekhili, chercheuse en marketing à l’université de Strasbourg.

Les chiffres le confirment : 40 % des Français ont acheté un vêtement d’occasion en 2019, et la moitié a eu recours à Vinted.

Aux yeux de Sihem Dekhili, Vinted permet aussi de résoudre un problème « d’ordre social » : « Pour des personnes aux revenus limités, qui ne peuvent accéder à certains produits vendus à des prix exorbitants sur le marché du neuf, ce marché permet d’éviter l’exclusion et d’accéder à des produits auparavant inaccessibles. »

Elle ajoute : Vinted est loin d’être la panacée pour lutter contre la fast fashion — le renouvellement effréné des vêtements neufs proposés à la vente.

Au contraire, « Vinted encourage la rotation rapide de modèles, en grande partie issus de la fast fashion, en conférant du pouvoir d’achat aux consommateurs, qui revendent facilement des produits pour en racheter d’autres », estime Alma Dufour, chargée de campagne extraction et surconsommation chez les Amis de la Terre France.

Vinted a fait partie des plateformes recensées par l’ONG Zero Waste France à l’occasion du défi Rien de neuf, dédié à explorer les solutions de substitution à l’achat de produits neufs : emprunt, location, occasion, réparation.

« Nous avions identifié cette plateforme comme un outil efficace pour nous passer des circuits classiques de distribution et éviter la fast fashion », explique Flore Berlingen, directrice de l’ONG Zero Waste France.

Mais Flore Berlingen a vite déchanté : « Par son interface, Vinted pousse les utilisateurs à être dans l’achat compulsif et c’est éminemment contradictoire avec l’enjeu écologique, qui impose avant tout de se poser la question : “Est-ce qu’on en a vraiment besoin” ? »

 

C’est toujours plus de vêtements, mais aussi toujours plus de kilomètres de transport 

Récemment, Vinted a également décidé de retirer une option permettant de sélectionner uniquement des vêtements et des accessoires disponibles à proximité, et d’aller les chercher soi-même.

« On a du mal a avoir des chiffres, mais on imagine bien qu’avec deux articles vendus à la seconde sur Vinted, il doit y avoir un nombre considérable de colis individuels qui transitent sur les routes de France », regrette Élodie Juge ingénieure recherche pour la chair Trend(s), à l’université de Lille, d’autant que Vinted s’étend de plus en plus en Espagne, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie.

 

L’illusion du changement et transition sans régulation.

Nayla Ajaltouni, du collectif Éthique sur l’étiquette, considère en tout cas que le modèle de Vinted est « à contre-courant de la conscience sociale et écologique qui s’est manifestée, autour de l’industrie de la mode, depuis l’effondrement du Rana Plaza ».

Alma Dufour, des Amis de la Terre France, regrette que « les politiques se servent de ce genre d’entreprises pour donner l’illusion du changement » : « Il nous reste dix ans pour diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial et ça doit passer par une baisse drastique de la production du textile », analyse-t-elle.

Or, « dans la loi Économie circulaire , il n’y a tout simplement aucun objectif ni de recyclage, ni de réincorporation des fibres recyclées, ni d’obligation de baisser la production ».

 

Les députés misent plutôt « sur l’information et la sensibilisation du consommateur », ou « sur des entreprises comme Vinted, qui donnent l’impression qu’on se dirige doucement vers la transition écologique, sans régulation ».

 

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